Le meilleur moment pour apprendre (1)

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Une question que l’on se pose peu souvent et pourtant si importante dans la transmission des langues : quelles sont les meilleurs conditions pour l’apprentissage d’une langue ? Je vous propose dans ces prochains articles de partager mon témoignage et ma réflexion sur mes années d’enseignement de cette langue auprès de classes francophones de maternelles et primaires.

Quand et comment apprendre ?

La réponse dépend bien évidemment des objectifs que l’on se fixe.

Il est de coutume de suivre des cours d’arabe le week, dans de larges créneaux de 4 heures car plus pratique pour tout le monde. Avec beaucoup de travail et d’insistance, on parvient parfois à mener les enfants loin…mais à quel prix ?

J’estime que permettre à des enfants d’apprendre une chose qu’ils vont finir par détester (et souvent oublier) est contre-productif. L’enjeu numéro 1 est donc de faire naitre et d’entretenir le gout pour la matière. Cela peut se faire de différentes façons.

Etre passionnée par ce que l’on enseigne, ou ce que l’on souhaite transmettre à son enfant est primordial. Le choix de l’école et de sa pédagogie est donc très important. On enseigne pas une langue à des enfants parce que l’on a rien trouvé d’autres à faire et qu’on a besoin de gagner sa vie.

J’ai observé très souvent que les élèves les plus avancés et les plus motivés étaient ceux dont les parents l’étaient également, qui consacraient du temps eux mêmes à cette étude, (qu’il s’agisse du coran ou de l’arabe).

Règle numéro 1 : pour transmettre une science, il faut commencer par l’aimer soi-même.

Il est important de rappeler à l’enfant durant tout son cursus les raisons de sa présence en cours d’arabe, de lui montrer à quel point il est chanceux de suivre ce cursus, l’encourager et le récompenser. Car en effet il fait un effort que la plupart de ses camarades ne font pas (continuer à étudier le week-end), et il est difficile pour des enfants de se motiver à apprendre quand on a le sentiment d’être le seul à le faire.

Je commence toujours l’année par cette question avec mes élèves, qu’ils aient 3 ou 8 ans : Pourquoi êtes vous ici aujourd’hui ? Et nous passons une partie du cours à essayer de comprendre la chance qu’ils ont d’être présents. Il faudra répéter cet exercice durant l’année dès que l’on perçoit des sentiments de lassitude. Il est important de se remémorer ses intentions pour se remotiver, de donner de l’importance et de valoriser cette science aux yeux des enfants, en en parlant régulièrement avec eux.

Règle numéro 2 : montrer et rappeler la valeur de ce qu’on lui enseigne

Mais pour cela, il faut déjà se poser la question à soi-même. Pourquoi voulons nous que nos enfants apprennent l’arabe ?

Parfois quand je pose la question à mes élèves je vois que les parents eux-mêmes ne savent pas réellement pourquoi ils veulent qu’ils apprennent l’arabe. Parfois ils les inscrivent sans rien leur avoir expliqué. Ou bien ils font des choix de programme qui ne correspondent pas à leurs objectifs.

Donc règle numéro 3 : déterminer un objectif clair

Je veux que mon enfant apprennent à lire ? Ecrire ? Parler ? Comprendre ?

Quoi ? Le coran, les journaux ? Des Khoutba, les journaux TV ?

Et en fonction de ces objectifs déterminer un parcours RÉALISTE. On apprend pas à parler en écoutant un professeur parler en arabe en bloc de 4h une fois par semaine même durant des années. Aucune langue orale ne s’enseigne de cette manière. Si on souhaite le bilinguisme pour son enfant, il faut un contexte d’immersion régulier et répétitif (à la maison, une école bilingue, ou séjour à l’étranger…).

Bien souvent dans les programmes de week end (qui durent 3 à 4 heures) une partie du programme est consacré à l’enseignement du coran et à l’éveil à la foi. Il donc normal que l’enseignement de la langue arabe s’étale sur plusieurs années.

On exige parfois plus de résultat en arabe qu’en français alors qu’il s’agit de leur langue maternelle. Mais apprendre à lire demande du temps qu’il faut accorder à chaque enfant.

Règle numéro 4 : rester réaliste ! Donner le temps aux enfants d’apprendre avec joie en s’attachant un peu moins aux résultats !

 

 

 

L’histoire de l’histoire

Les Houroufs sont nés il y a quelques années dans les classes où je travaillais. Mon objectif principal était de faire aimer la langue arabe aux enfants. J’étais persuadé qu’en s’amusant, les enfants apprendraient plus facilement. C’est ainsi que sont apparues les premières figurines des Houroufs que je réalisais en page fimo (pâte à modeler durcissante).

J’essayais de trouver pour chaque lettre une particularité liée au son qu’elle faisait ou à sa forme, ou quelque chose sorti de mon imagination mais qui ferait rire les enfants. Ainsi sont apparus Alife le calife le chef des Houroufs, Dal le crocodile, Zey la mouche, Mme Jim ou Ta l’avion. Les réactions ne se sont pas fait attendre, les enfants étaient très amusés en découvrant chaque nouvelle lettre. Plus j’inventais une histoire autour de cette lettre et mieux il la retenait. Parfois ils étaient même force de proposition et inventaient de nouvelles idées autour des lettres.

A partir de là nous pouvions décliner toutes sortes de jeu pour apprendre à les reconnaitre et les retrouver dans les mots. Pour emmener les enfants dans le monde de l’abstraction, utiliser leur imagination s’est révélé très utile et plaisant. Je proposerai dans ce blog des idées de jeux autour des lettres et vous présenterai quelques uns des Houroufs. Je proposerai également un tutoriel pour réaliser soit même les Houroufs en pâte fimo

Alors que pensez-vous des ancêtres des Houroufs ?